Florence Lacaille
Juin 2026

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Clinique

L’insuffisance hépatique du nouveau-né est rare, grevée d’une mortalité élevée. Les signes cliniques (difficultés alimentaires, vomissements, geignements) sont peu spécifiques. L’ictère peut apparaître secondairement, être minime, ou d’origine extra-hépatique. Il faut donc réaliser un bilan d’hémostase pour évaluer la fonction hépatique devant toute détresse du nouveau-né, car le mode de révélation n’est pas spécifique.

Une insuffisance hépatique est suspectée devant une anomalie de la coagulation ne répondant pas à l’injection de vitamine K (2-5 mg IV ou SC). Attention aux autres causes de coagulopathie, anomalies congénitales de la coagulation, coagulation intra-vasculaire disséminée (thrombopénie), auto-anticorps transmis par la mère.

Biologie

  • Taux de prothrombine (TP) à interpréter en fonction de l’âge post-natal (cf tableau I)
    • Facteur VII : dépendant de la vitamine K, 1/2 vie courte (3-5 heures)
    • Facteur II : dépendant de la vitamine K, 1/2 vie intermédiaire
    • Facteur V : non dépendant de la vitamine K, 1/2 vie longue
  • Albumine : 1/2 vie 2-3 semaines
  • Facteur VII bas, facteur V et albumine normaux : processus récent
  • Facteurs VII et V, et albumine basse : processus > 3 semaines
  • Tous facteurs (V plus que VII) + plaquettes, abaissés : coagulation intra-vasculaire disséminée
  • Enzymes hépatiques (ASAT, ALAT, GGT) : cf tableau II
II   %V   %VII   %TP en s  (enfant 12-14 s)
Prématuré (1500-2000 g) J025673717 (+/- 85%)
NN à terme J041925616 (+/- 90%)
NN 48 heures461052017,5 (+/- 85%)
Tableau I. Hémostase en fonction de l’âge post-natal (Hathaway 1970, Huault 1988)

Diagnostic étiologique et traitement

Nouveau-né < 7 jours

Gestational alloimmune liver disease (GALD) =
« hémochromatose néonatale »
HerpèsLymphohistiocytose
familiale (hemophagocytic lymphohistiocytosis HLH)
Cytopathie mitochondriale
Age aux 1ers symptômesJ0, < J35-14 joursvariable, J0 possiblevariable, souvent 1er mois ; J0 possible
Prématurité70-90 %nonnonnon
RCIU70-90 %nonnon20-30 %
Autres organesdysplasie rénalecerveaumoellecerveau, cœur
Ascite40-60 %rarenonnon
Hépatomégalie10-20 %ouiouioui
Splénomégalie10-20 %Fréquent, petiteouinon
Hypoglycémiesouifréquentfréquentoui
Coagulopathiesévèremodérée à sévèremodérée à sévèremodérée à sévère
Ictère cholestatiquepas à la naissance, augmente ensuiteminime au débutmodéré à sévèremodéré à sévère
ALATN ou < 100 UI>1 000 UI> 1 000 UI100 – 500 UI
Ferritine800 – 7 000 ng/ml> 20 000 ng/ml> 20 000 ng/mlvariable
Alphafoetoprotéine> 300 000 ng/mlN (< 80 000 ng/ml)N (< 80 000 ng/ml)variable
ImagerieÉchographie : nodules,
Arantius, IRM abdominale : fer extra-hépatique
IRM-spectrométrie cérébrale : lactates
Traitement (cf texte)Ig IV + échange plasmatiqueAcyclovir IVCorticoïdes + ciclosporineAucun
Tableau II. Caractéristiques cliniques et biologiques en fonction de la cause (Taylor et Whitington, 2016)
  1. Gestational alloimmune liver disease (GALD) = « hémochromatose néonatale ».
  • 2e grossesse (immunisation à la 1ère)
  • Échographie : foie nodulaire et persistance du canal d’Arantius (ductus venosus)
  • IRM : surcharge en fer hépatique et extra-hépatique : pancréas, surrénales ; biopsie des glandes salivaires accessoires (par ORL ou stomatologue)
  • Immunoglobulines IV (300-500 mg/kg, 1 ou 2 fois), échange plasmatique
  • Récurrence 80% après cas-index : Ig IV chez la mère aux 2e-3e trimestres
  1. Infection à Herpès simplex
  • Intervalle libre depuis la naissance
  • PCR virale sang, LCR, prélèvements chez la mère
  • Traitement urgent par acyclovir IV sans attendre les résultats
  1. Lymphohistiocytose familiale (hemophagocytic lymphohistiocytosis HLH)
  • Autosomique récessif
  • Syndrome d’activation macrophagique : hyponatrémie, thrombopénie, hypertriglycéridémie, fibrinopénie, ferritine très élevée
  • T activés dans le sang, myélogramme
  • Corticoïdes + ciclosporine
  1. Cytopathie mitochondriale
  • Autosomique récessif ou transmis par la mère
  • Lactates élevés sang ± LCR
  • IRM cérébrale + spectrométrie (pic de lactates)
  1. Anomalie de synthèse des acides biliaires
  • Autosomique récessif
  • Plus souvent cholestase qu’insuffisance hépatique, intervalle libre
  • Dosage des acides biliaires sang (« anormalement » normaux), puis chromatographie sang et urines
  • Traitement par acide cholique
  1. Infection bactérienne sévère
  • Problème plus thérapeutique que diagnostique
  • CIVD plutôt qu’insuffisance hépatique (thrombopénie)
  1. Infection à entérovirus
  • Diarrhée chez la mère
  • Intervalle libre depuis la naissance
  • PCR selles + sang
  1. Déficit en transaldolase
  • Autosomique récessif
  • RCIU souvent
  • Cutis laxa, hypertrichose, télangiectasies
  • Hépatosplénomégalie
  • Atteinte médullaire ou rénale
  • Polyols urinaires

Nourrisson de 7 à 30 jours

InfectionMaladie métaboliqueMaladie immunologique ou hématologiqueCause cardiaque
Herpès
Entérovirus
Autres virus (cocksakie…)

Hépatite B ≥ J45

Infection bactérienne sévère
Maladies d’intoxication
Protéines :
– tyrosinémie
– cycle de l’urée

Glucides :
– galactosémie
– intolérance héréditaire au fructose

Lipides : anomalie β-oxydation
Hémochromatose néonatale (GALD)

Lymphohistiocytose familiale (HLH)

Leucémie
Insuffisance cardiaque

Choc

(Anomalie β-oxydation sous-jacente ?)
 Organelles :
– cytopathie mitochondriale
– maladie peroxysomale
– lysosomes : Niemann-Pick C

Anomalie de synthèse des acides biliaires

Déficit en transaldolase
  
Syndrome de Reye  
Tableau III. Causes d’insuffisance hépatique de 7 à 30 jours
  1. Les mêmes causes que la 1ère semaine, de révélation moins aiguë ou de diagnostic retardé. Herpès simplex et hémochromatose néo-natale (GALD) seulement avant 1 mois.
  1. Maladies métaboliques

Maladies d’intoxication (par l’alimentation) = intervalle libre depuis la naissance

Toxicité mitochondriale plus que destruction = bilirubine normale (« syndrome de Reye ») ou peu élevée, transaminases souvent peu élevées, contrastant avec hémostase effondrée ± ammoniémie très élevée.

Tyrosinémie
  • autosomique récessive, dépistée depuis 2023
  • anomalie du métabolisme des protéines
  • foie nodulaire et gros reins à l’échographie
  • alphafoetoprotéine très élevée
  • chromatographie des acides aminés, acide delta-aminolévulinique sanguin, succinylacétone urinaire
Galactosémie
  • autosomique récessive
  • anomalie du métabolisme du galactose (lait)
  • cataracte ? La révélation peut-être une pyélonéphrite à J8
  • « spot-test » galactose : seulement si pas de transfusion
  • dosage sanguin de l’activité galactosyl-1-transférase (si l’enfant a été transfusé, dosage chez les parents : 1/2 de la normale).
Intolérance héréditaire au fructose
  • autosomique récessive
  • seulement si l’enfant en a reçu : fruits, médicaments ?
  • toujours nausées ou vomissements
  • normalisation rapide de l’hémostase après l’arrêt du fructose ; hypoglycémie à l’ingestion de fructose
  • étude génétique.
Anomalie du cycle de l’urée
  • anomalie du métabolisme des protéines
  • surtout déficit en ornithine transcarbamylase (OTC), lié à l’X : extrêmement grave chez le garçon
  • troubles de conscience, au maximum coma
  • syndrome de Reye : bilirubine normale, hyperammoniémie +++
  • acide orotique urinaire, chromatographie des acides aminés.
Anomalie de la β-oxydation des acides gras (certaines dépistées)
  • syndrome de Reye : bilirubine normale
  • ± augmentation des CPK et atteinte cardiaque
  • profil des acylcarnitines (papier Guthrie).

Maladies peroxysomales. Plutôt tableau de cholestase néonatale

Niemann-Pick type C. Plutôt tableau de cholestase néonatale

  1. Infections

Virus

  • Hépatite B
    • nourrisson > J45 : durée d’incubation après contamination néonatale et sérovaccination « ratée »
    • Ag HBs mère et enfant
  • Autres virus
    • Herpès simplex cf
    • entérovirus, coxsackie…

Bactéries : infection bactérienne sévère ++

Ne pas confondre consommation périphérique (V bas car 1/2 vie longue, VII normal, thrombopénie) et insuffisance hépatique (VII bas, ± II, ± V)

  1. Syndrome de Reye
  • Syndrome viral puis vomissements puis encéphalopathie, sans ictère. –
  • Hyperammoniémie +++ : risque neurologique ++ (œdème cérébral)
  • Infection virale déclenchante : varicelle, grippe ?
  • Toxique : aspirine ? Autre AINS ?
  • Maladie métabolique sous-jacente ? cf ci-dessus
  1. Cause hématologique
  • Lymphohistiocytose familiale (hemophagocytic lymphohistiocytosis HLH): cf plus haut
  • Hémopathie maligne : frottis sanguin ± médullaire
  1. Cause cardio-vasculaire
  • Insuffisance ventriculaire gauche aiguë, congénitale ou acquise
  • Problème généralement plus thérapeutique que diagnostique
  • TP effondré, transaminases extrêmement élevées (> 10 000 UI), pas d’ictère
  • Penser à un déficit de la β-oxydation des acides gras.

Que faire en urgence ?

Diagnostic (cf plus haut)

  • Biopsie hépatique ? Rarement utile, toujours dangereuse
  • Selon orientation diagnostique : génétique (génome, exome) en urgence, si possible
  • Selon évolution, discuter transplantation hépatique : rechercher contre-indications (maladie traitable médicalement, infection généralisée, atteinte neurologique sévère, certaines maladies métaboliques, maladie hématologique…)

Thérapeutique

  • Dépend de l’importance de la coagulopathie.
  • Si TP < 20-25% : passage en Réanimation.

Risques

  • hypoglycémies : perfusion G10%, ou NEDC avec solution sucrée
  • infections : ne pas hésiter pour antibiothérapie
  • hémorragies :
    • éviter perfusion de plasma (surveillance TP) sauf:
      • nouveau-né : hémorragie intracrânienne
      • procédures agressives : biopsie musculaire, ponction lombaire, chirurgie
  • surtout si thrombopénie associée
  • ulcère de stress : la NEDC si possible est une bonne protection. Les IPP peuvent avoir des effets secondaires neurologiques
  • encéphalopathie hépatique (hyperammoniémie)
    • diagnostic pas facile chez le nouveau-né ;
    • discuter traitement symptomatique de l’hyperammoniémie (apport en sel important) ;
    • dialyse
  • Si TP < 25%, limiter apport en protides : < 1 g/kg
  • Lactulose ou macrogol 1/4-1 sachet 3 fois par jour : efficacité = diarrhée = à discuter
  • Arrêt nutrition orale ± entérale si progression de l’encéphalopathie : risque d’inhalation
  • Alimentation sans galactose sans fructose, jusqu’au diagnostic, normo-calorique, hypo-protidique
  • Selon évolution, discuter transplantation hépatique (cf plus haut)

L’ensemble des documents, recommandations et informations
se rapportant au Groupe Francophone d’Hépatologie-Gastroentérologie
et Nutrition Pédiatrique se trouvent sur le site internet : www.gfhgnp.org